Abeilles et papillons : 4 gestes concrets pour les sauver depuis votre jardin

Catégories : Informations Générales sur les abeilles ! , Jardin
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Ce qu'il faut retenir !
  • En Europe, 1 abeille sauvage sur 10 est menacée d'extinction (Liste rouge UICN 2025) et les papillons de prairie ont reculé de 36 % entre 2010 et 2020.
  • Les sciences participatives (Spipoll, Opération Papillons) permettent à chacun d'aider les chercheurs, sans aucune formation.
  • Les sachets de « prairie fleurie » du commerce peuvent faire plus de mal que de bien : mieux vaut laisser pousser.
  • Pour garder les papillons, il faut nourrir leurs chenilles : un carré d'orties vaut de l'or.
  • Environ 70 % des abeilles sauvages nichent dans le sol : un peu de terre nue au soleil les aide plus qu'un hôtel à insectes.

Pourquoi c'est urgent : les chiffres du déclin en Europe

Les évaluations publiées en octobre 2025 par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) sont sans appel : sur 1 928 espèces d'abeilles sauvages évaluées en Europe, au moins 172 sont menacées d'extinction, soit plus du double qu'en 2014. Chez les bourdons, indispensables à la pollinisation des tomates, des poivrons et des fruits rouges, plus d'une espèce sur cinq est désormais menacée. Les papillons ne se portent pas mieux : les populations de papillons de prairie ont reculé d'environ 36 % entre 2010 et 2020, et plus de 40 % des espèces endémiques du continent sont menacées ou quasi menacées.

Or près de 90 % des plantes à fleurs européennes dépendent de la pollinisation animale, tout comme environ trois quarts des cultures vivrières mondiales. En France, le ministère de l'Agriculture estime la valeur de ce service entre 2,3 et 5,3 milliards d'euros par an. C'est tout l'enjeu du règlement européen sur la restauration de la nature (2024) et, en France, du Plan national pollinisateurs : recréer partout des « poches de nature » où les insectes trouvent nourriture et abri.

Un chiffre à garder en tête pour la suite : les abeilles solitaires ne s'éloignent que de quelques centaines de mètres de leur nid pour se nourrir, et les bourdons d'environ un kilomètre. Chaque jardin, chaque balcon compte donc, littéralement. Voici quatre gestes pour faire du vôtre un maillon de la chaîne.

Papillon belle-dame (Vanessa cardui) ailes ouvertes sur une fleur de chardon

1. Devenez observateur : participez aux sciences participatives

Les scientifiques ne peuvent pas être partout. Pour suivre l'évolution des populations, ils s'appuient sur des milliers de citoyens volontaires, et vous pouvez en faire partie dès ce week-end, sans aucune formation préalable.

  • Le Spipoll (Suivi photographique des insectes pollinisateurs), porté par le Muséum national d'Histoire naturelle et l'Opie : choisissez une plante en fleurs, photographiez pendant 20 minutes tous les insectes qui viennent la visiter, puis partagez votre « collection » sur spipoll.org. Le protocole fonctionne aussi bien dans un jardin qu'au pied d'un géranium de balcon.
  • L'Opération Papillons (programme Vigie-Nature) : comptez régulièrement les papillons de votre jardin, balcon ou parc à l'aide de fiches d'identification simples, et transmettez vos observations sur sciences-participatives-au-jardin.org.
  • Ailleurs en Europe, le réseau eBMS (European Butterfly Monitoring Scheme) coordonne des suivis équivalents en Allemagne, en Espagne, en Italie et dans une vingtaine d'autres pays : le principe du parcours à observer régulièrement est le même partout.

Ces données citoyennes n'ont rien d'anecdotique : ce sont elles qui ont permis de documenter le déclin des pollinisateurs, et elles alimentent aujourd'hui les publications scientifiques comme les politiques publiques.

2. Méfiez-vous des sachets de « prairie fleurie »

C'est contre-intuitif, mais les mélanges de graines vendus comme « fleurs pour abeilles » peuvent faire plus de mal que de bien. Beaucoup contiennent des espèces horticoles ou exotiques, parfois envahissantes, qui concurrencent la flore locale dont dépendent réellement les pollinisateurs sauvages.

Les associations de conservation recommandent une approche bien plus simple, et 100 % gratuite : arrêtez de tondre une partie de votre pelouse !

En laissant un coin de jardin pousser librement, ou en pratiquant une fauche tardive (une à deux fois par an, en fin d'été), les fleurs sauvages locales - trèfles, pissenlits, centaurées, marguerites - reviennent d'elles-mêmes en une ou deux saisons. Et si vous tenez vraiment à semer, privilégiez des graines d'origine locale certifiée : en France, le label « Végétal local » garantit la provenance des semences.


3. Plantez pour les papillons… et pour leurs chenilles

Pensez à votre jardin comme à une station-service pour papillons de passage : ce qu'il leur faut, c'est du nectar en abondance, dans des endroits ensoleillés et abrités du vent. Parmi les valeurs sûres, faciles à trouver partout en Europe : le trèfle des prés et le trèfle blanc, l'origan (marjolaine sauvage), la lavande et le thym, les centaurées, la succise des prés et les scabieuses.

Mais si vous voulez que les papillons restent et se reproduisent chez vous, il faut aussi nourrir leurs chenilles, ce qu'on oublie presque toujours. Et les plantes hôtes les plus précieuses sont souvent celles qu'on arrache : l'ortie, indispensable au paon-du-jour, à la petite tortue et au vulcain, mais aussi le lotier corniculé, la cardamine des prés ou simplement les graminées sauvages. Un carré d'orties au soleil, dans un coin du jardin, est l'un des gestes les plus efficaces qui soient pour les papillons.

Belle-dame posée sur une fleur de chardon

4. Pensez au-delà de l'hôtel à insectes

L'hôtel à insectes est devenu le symbole du jardin accueillant, et il est réellement utile. Mais il ne répond aux besoins que d'une minorité d'espèces : seules les abeilles dites « cavicoles », qui nichent dans des tiges creuses ou des galeries de bois, soit environ 30 % des abeilles sauvages, peuvent s'y installer.

En France comme dans le reste de l'Europe, environ 70 % des abeilles sauvages sont terricoles : elles creusent leur nid directement dans le sol. Leur nid ressemble à un petit trou de fourmilière sur terrain plat, ou à une minuscule galerie dans un talus. Pour les aider :

  • conservez ou créez une zone de sol nu, bien drainé, ensoleillé et abrité : un carré de 10 x 10 cm suffit déjà, jusqu'à un mètre carré ou un petit talus de terre ;
  • dégagez doucement la végétation qui bloquerait l'accès au sol ;
  • si vous repérez un nid actif, protégez-le : pas de piétinement, pas de bêchage, et surtout aucun pesticide.

Rassurez-vous : ces abeilles solitaires ne défendent pas de colonie et ne piquent pratiquement jamais. Elles font partie, avec le syrphe et les autres amis pollinisateurs, de la grande équipe qui fait vivre votre jardin.

Chaque mètre carré compte

Un balcon fleuri d'origan, une bande de pelouse non tondue, un carré de terre nue au soleil, vingt minutes de photos pour la science : aucun de ces gestes ne demande de budget ni de compétences particulières. Mis bout à bout, à l'échelle d'un quartier ou d'un village, ils recréent exactement ce dont les pollinisateurs ont besoin : un maillage continu de nourriture et d'abris. Et c'est aussi le meilleur service à rendre aux abeilles domestiques, qui partagent les mêmes fleurs et les mêmes menaces que leurs cousines sauvages - exactement dans l'esprit de notre engagement pour la protection des abeilles.


FAQ - Vos questions sur les gestes pour aider les pollinisateurs

Faut-il semer des graines de « prairie fleurie » pour aider les abeilles ?

Pas forcément. Beaucoup de mélanges du commerce contiennent des espèces exotiques, parfois envahissantes. Le plus efficace est de laisser une zone de pelouse pousser librement ; si vous semez, choisissez des graines d'origine locale certifiée (label « Végétal local » en France).

Les hôtels à insectes sont-ils vraiment utiles ?

Oui, mais seulement pour les abeilles cavicoles, environ 30 % des espèces sauvages. Les 70 % restants nichent dans le sol : leur offrir un carré de terre nue, ensoleillé et bien drainé, est au moins aussi important qu'installer un hôtel à insectes.

Comment aider les papillons à se reproduire dans mon jardin ?

En plus des fleurs à nectar, offrez des plantes hôtes pour leurs chenilles : orties (paon-du-jour, petite tortue, vulcain), lotier corniculé, cardamine des prés ou graminées sauvages, placées de préférence au soleil.

Qu'est-ce que le Spipoll ?

Un programme de sciences participatives du Muséum national d'Histoire naturelle et de l'Opie : on photographie pendant 20 minutes tous les insectes visitant une plante en fleurs, puis on partage sa « collection » en ligne pour aider les chercheurs à suivre les pollinisateurs.

À quelle distance les abeilles cherchent-elles leur nourriture ?

Les abeilles solitaires ne s'éloignent que de quelques centaines de mètres de leur nid, et les bourdons d'environ un kilomètre. C'est pour cela que chaque jardin, chaque balcon fleuri compte : il devient un relais dans le paysage.

Alors, par lequel de ces quatre gestes allez-vous commencer ? Pour aller plus loin, découvrez tous les amis pollinisateurs des abeilles. Et si vous avez une question, sinon je suis là ! ?

Christophe.

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