Le syrphe : cette mouche déguisée en guêpe qui sauve votre jardin !

Catégories : Alimentaire & Santé , Informations Générales sur les abeilles ! , Jardin
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Vous l'avez forcément croisé en juin, suspendu en l'air au-dessus d'une fleur, rayé de jaune et de noir. Vous avez peut-être eu le réflexe de l'écarter d'un revers de main en pensant tomber sur une guêpe. Grave erreur : ce petit acrobate est l'un des meilleurs amis de votre jardin… et des abeilles.

? Ce qu'il faut retenir
  • Le syrphe est une mouche (diptère, 2 ailes), pas une guêpe ni une abeille : il ne pique pas et est totalement inoffensif.
  • Il imite les insectes piqueurs grâce au mimétisme batésien, une ruse pour effrayer ses prédateurs.
  • C'est le 2ᵉ groupe de pollinisateurs le plus important au monde, juste après les abeilles.
  • Sa larve est une terreur pour les pucerons : 400 à 700 pucerons dévorés en une dizaine de jours.
  • Certaines espèces parcourent plus de 1 000 km en migration chaque année.

Le syrphe, qu'est-ce que c'est exactement ?

Le syrphe appartient à la grande famille des Syrphidae, au sein de l'ordre des diptères, c'est-à-dire les « vraies » mouches. On en recense environ 500 espèces en France et près de 6 000 dans le monde. Malgré son costume rayé qui rappelle une guêpe ou une abeille, c'est bel et bien une mouche : il ne possède ni dard, ni venin, ni la moindre intention de vous piquer.

Sa ressemblance avec les insectes piqueurs n'a rien d'un hasard. Il s'agit d'un mimétisme batésien, théorisé par le naturaliste Henry Walter Bates en 1862 : une espèce inoffensive (le syrphe) imite l'apparence d'une espèce redoutée (la guêpe) pour dissuader ses prédateurs, oiseaux en tête. Le costume jaune et noir, c'est donc un déguisement de survie… qui lui vaut aussi, hélas, bien des coups de tapette de la part de jardiniers mal informés.

Syrphe rayé jaune et noir posé sur une feuille au jardin

Syrphe, guêpe ou abeille ? Les différences pour ne plus se tromper

Bonne nouvelle : une fois qu'on connaît les bons indices, l'identification devient un jeu d'enfant. Voici comment distinguer le syrphe à coup sûr :

  • Les ailes : le syrphe n'a qu'une seule paire d'ailes (2 ailes), là où guêpes et abeilles en possèdent deux paires (4 ailes).
  • Le vol : le syrphe pratique le vol stationnaire, immobile en l'air comme un mini-hélicoptère, avant de filer d'un coup sec puis de se figer à nouveau. Ni la guêpe ni l'abeille n'ont ce comportement.
  • Les antennes : très courtes chez le syrphe, bien plus longues chez la guêpe.
  • La taille : un petit corps élancé (souvent 8 à 12 mm), sans la fameuse « taille de guêpe » très marquée.
  • Les yeux : de grands yeux proéminents, typiques des mouches.

Le syrphe fait partie des nombreux amis pollinisateurs des abeilles que l'on gagne à connaître et à protéger.

Le syrphe ceinturé, la star de nos jardins

Si vous deviez n'en retenir qu'un, ce serait lui : le syrphe ceinturé (Episyrphus balteatus), surnommé « marmalade hoverfly » en anglais pour ses teintes orangées. C'est de loin l'espèce la plus commune dans nos jardins, parcs et campagnes, présente dans toute l'Europe, en Afrique du Nord et en Asie.

On le reconnaît à son abdomen orné de doubles barres noires sur chaque segment, dont la couleur peut varier du jaune à l'orangé. Mesurant 8 à 12 mm, il est l'un des rares insectes capables de rester actif dès le début du printemps, quand il fait encore trop frais pour les abeilles, ainsi qu'en altitude et dans les zones dépourvues de ruches.


Sa larve : un redoutable mangeur de pucerons

C'est ici que le syrphe devient l'allié n°1 du jardinier. Si l'adulte se nourrit exclusivement de nectar et de pollen, la larve, elle, est carnivore et raffole des pucerons.

La femelle pond ses œufs juste à côté d'une colonie de pucerons. À l'éclosion, la petite larve vermiforme et translucide — qui ressemble à une mini-limace, sans tête ni pattes visibles — n'a plus qu'à se servir. Et son appétit est colossal : selon les données scientifiques et agricoles, une seule larve dévore entre 400 et 700 pucerons au cours de son développement d'une dizaine de jours, et jusqu'à près de 1 000 chez le syrphe ceinturé. Sur un cycle de vie, une femelle peut pondre plusieurs milliers d'œufs : autant de petits chasseurs lâchés dans vos massifs.

Résultat : une régulation naturelle des pucerons, sans le moindre insecticide. Le syrphe agit en parfait complément d'un autre prédateur bien connu, la coccinelle, autre grande dévoreuse de pucerons. Ensemble, ils forment une brigade anti-pucerons redoutablement efficace.

Syrphe vu de dessus, ailes déployées, posé sur une feuille verte

Un pollinisateur de premier plan, juste derrière les abeilles

On parle beaucoup des abeilles — à juste titre — mais on oublie souvent que les syrphes constituent le deuxième groupe de pollinisateurs le plus important au monde. En butinant de fleur en fleur pour se nourrir de nectar et de pollen, l'adulte transporte les grains de pollen et participe activement à la reproduction des plantes, exactement comme une abeille.

Leur atout : ils restent actifs par temps frais ou couvert, lorsque les abeilles préfèrent rester à l'abri. Ils assurent ainsi une pollinisation de « relais », précieuse au printemps et dans les régions où les abeilles se font rares. L'institut de recherche INRAE rappelle d'ailleurs que les diptères, et les syrphes en particulier, figurent parmi les principaux insectes pollinisateurs aux côtés des abeilles et des papillons.

L'incroyable voyage des syrphes : des milliards de migrateurs invisibles

Voici le fait que presque personne ne connaît, et qui rend ces insectes encore plus fascinants : les syrphes migrent, parfois sur des distances spectaculaires.

Grâce à des radars de suivi des insectes, des chercheurs ont estimé que jusqu'à 4 milliards de syrphes — soit environ 80 tonnes de biomasse — traversent chaque année le ciel au-dessus du sud de la Grande-Bretagne. Au passage, ces populations consomment des milliers de milliards de pucerons et effectuent des milliards de visites de fleurs : un service écologique gigantesque, rendu en silence, très haut dans le ciel.

Le syrphe ceinturé est l'un de ces grands voyageurs. Des scientifiques de l'Université d'Exeter ont capturé des individus en pleine migration dans les Pyrénées : direction le sud à l'automne, le nord au printemps, sur des trajets qui peuvent dépasser 1 000 kilomètres. Pour un insecte d'à peine 1 cm, c'est un véritable exploit. Les détails de ces migrations massives ont notamment été publiés dans la revue scientifique Current Biology.


Comment attirer les syrphes dans votre jardin

Bonne nouvelle : favoriser leur présence est simple et 100 % gratuit. Voici les bons réflexes.

1. Plantez les fleurs qu'ils adorent

Les syrphes adultes ont une langue courte : ils privilégient les fleurs simples et plates, faciles d'accès. Misez sur les ombellifères (carotte sauvage, fenouil, aneth), les marguerites, les achillées, les soucis, les cosmos, la bourrache, la phacélie, le lierre, les pâquerettes et les coquelicots. Une astuce de pro pour les zones agricoles : la phacélie, plantée en bordure, est un véritable aimant à syrphes.

2. Échelonnez les floraisons

Prévoyez des fleurs en continu de mars à octobre pour offrir nectar et pollen tout au long de leur période d'activité.

3. Offrez-leur des abris

Conservez quelques tas de feuilles mortes, des fagots de tiges creuses et des zones non tondues : ce sont des refuges parfaits pour l'hivernage. Un hôtel à insectes bien placé complète idéalement le dispositif, tout comme les autres accessoires pour un jardin accueillant.

4. Bannissez les pesticides

Les insecticides anti-pucerons sont mortels pour les larves de syrphes et nuisent à la fécondité des femelles. En les supprimant, vous laissez vos alliés naturels faire le travail à votre place. Et tolérer quelques pucerons, c'est justement ce qui attire les femelles venues y pondre.

Des alliés précieux… mais menacés

Comme les abeilles, les syrphes sont en déclin. La première évaluation européenne menée par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a révélé qu'environ 37 % des espèces de syrphes évaluées en Europe sont menacées (vulnérables, en danger ou en danger critique). Les suivis de long terme menés dans les Alpes et les Pyrénées confirment un effondrement préoccupant des populations migratrices.

Les causes ? Les pesticides, l'agriculture intensive qui supprime les fleurs sauvages, et la disparition des habitats. En accueillant les syrphes au jardin, vous agissez concrètement pour la biodiversité — exactement dans l'esprit de notre engagement pour la protection des abeilles et de leurs amis pollinisateurs.


FAQ — Vos questions sur les syrphes

Le syrphe pique-t-il ?

Non, jamais. Le syrphe est une mouche dépourvue de dard et de venin. Sa ressemblance avec la guêpe n'est qu'un déguisement protecteur : il est totalement inoffensif pour l'homme et les animaux.

Comment différencier un syrphe d'une guêpe ?

Quatre indices : le syrphe n'a que 2 ailes (la guêpe en a 4), pratique le vol stationnaire, possède de très courtes antennes et un corps plus petit, sans « taille de guêpe » marquée.

Le syrphe est-il utile au jardin ?

Extrêmement. L'adulte est un pollinisateur de premier plan et sa larve dévore entre 400 et 700 pucerons en une dizaine de jours. C'est un auxiliaire naturel qui remplace avantageusement les insecticides.

Comment attirer les syrphes ?

Plantez des fleurs simples et plates (marguerites, achillées, soucis, phacélie, ombellifères), échelonnez les floraisons de mars à octobre, offrez des abris (feuilles mortes, hôtel à insectes) et bannissez les pesticides.

Le syrphe fabrique-t-il du miel ?

Non. Contrairement aux abeilles, les syrphes ne produisent ni miel, ni cire, ni venin. Ils butinent pour se nourrir et, ce faisant, pollinisent les fleurs.

Vous voyez le monde des pollinisateurs autrement, maintenant ? Le syrphe n'est qu'un membre de la grande équipe qui œuvre, aux côtés des abeilles, pour la biodiversité de nos jardins. Pour aller plus loin, découvrez tous les amis pollinisateurs des abeilles. Et si vous avez une question, sinon je suis là ! ?

Christophe.

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